Ville de Lévis, ses diverses origines toponymiques

Chevalier de Lévis

François-Gaston de Lévis (1720-1787), huile sur toile, E. Trochsler, don du marquis de Lévis, 1897

L’origine toponymique du nom Lévis donné à la ville en 1861 représente l’une des facettes les plus fascinantes de l’histoire locale. Une hypothèse veut que ce nom rappellerait le chevalier François-Gaston de Lévis (1719-1787), lequel s’est illustré lors de la bataille de Sainte-Foy en 1760. Or le nom qu’on lui donne fait d’abord référence au comté de Lévis, créé en 1853.

Le toponyme Lévis qui réfère à la municipalité est fort probablement un dérivé de l’ancienne désignation Pointe Levy. Sous le Régime français dans les actes notariés et les documents officiels, on utilise indistinctement les graphies Pointe Levy et Pointe Levis pour désigner ce lieu de peuplement. En outre, dans plusieurs publications d’avant 1860, on peut y lire déjà la graphie Pointe Levis pour faire référence à la localité.

Ce nom provient d’une carte dressée par Samuel de Champlain en 1629 sur laquelle l’explorateur désigne deux caps de Lévy. En outre, le fondateur de la ville de Québec mentionne un cap de Levy dans ses Voyages. Il aurait voulu rappeler Henri de Lévis duc de Ventadour qui fut vice-roi de la Nouvelle-France de 1625 à 1627. De fait, Champlain fut lieutenant de ce vice-roi durant cette période. Il était d’ailleurs courant à cette époque de désigner des lieux honorant les autorités royales.

Le rattachement  du chevalier François-Gaston de Lévis à celui de la ville se fait tardivement et s’explique par un intérêt grandissant pour le chevalier de Lévis à la fin des années 1880. De fait, le don par la famille de Lévis au gouvernement du Québec d’une copie authentique du manuscrit du Journal du chevalier de Lévis en 1888, mais sous promesse de publication, explique cet intérêt. En 1888,  l’écrivain Henri-Raymond Casgrain est alors chargé de publier ce document. Il en profite pour rappeler  l’existence d’une statue de la Vierge appartenant à la famille Lévis au curé Antoine Gauvreau de la paroisse Notre-Dame-de-la-Victoire. Ce dernier s’empresse alors de commander une copie authentique de cette œuvre provenant de l’église de Lévy-Saint-Nom. La copie de cette statue appelée Notre-Dame-de-Lévy-Saint-Nom sera bénite le 20 avril 1890 à l’église Notre-Dame-de-la-Victoire (Lévis, Québec).

Abbaye Notre Dame de la Roche

L’Abbaye de Notre Dame de la Roche où se trouvait la statue originale de la Vierge miraculée. (Source Wikipedia)

La bénédiction de cette madone ne passe pas inaperçue dans la population lévisienne puisque cette journée-là, on célèbre la fête de la sainte famille et la fête patronale des Artisans canadiens-français. Lors de la célébration entourant ces trois événements, le curé Gauvreau confie la tâche à l’abbé Henri-Raymond Casgrain de faire le sermon officiel et de parler de cette  sculpture de Notre-Dame-de-la-Victoire. Casgrain en profite pour  souligner l’apport de la famille Lévy, du duc de Ventadour, du chevalier de Lévis et de son petit neveu le marquis de Lévis. Ce dernier avait justement  accepté de prêter sa statue pour en faire une réplique. Après cet événement, on peut dire que le lien entre la famille Lévis et la paroisse de Notre-Dame-de-Levis (Lévis, Québec) était scellé.

Chevalier de Lévis 1 (3)

Photo du monument commémoratif se retrouvant à la terrasse de Lévis. Il s’agit d’une reproduction aggrandie d’une sculpture réalisée par Louise-Philippe Hébert, nichant dans la façade du parlement. (photo Yves Hébert)

Le lien que l’on a fait a posteriori entre  la bataille de Sainte-Foy où le chevalier de Lévis s’est illustré en 1761 et la création de la ville de Lévis en 1861 a souvent été utilisé pour expliquer l’origine toponymique de la ville. Le rapprochement entre ces deux événements est tentant, puisqu’ il a une portée identitaire fort symbolique. Toutefois,  l’analyse démontre que le nom de Lévis donné à la ville en 1861 fait d’abord référence, au nom du comté de Lévis et à sa filiation toponymique avec Pointe Levy et à Henri de Lévis duc de Ventadour.

Ce n’est qu’à partir de 1888 que l’on commence à établir un lien entre le chevalier François Gaston de Lévis et le nom de la ville qui va naître sur la cime de la falaise et en bordure du fleuve. L’adoption des armoiries de la ville de Lévis en 1895 rappelle justement le chevalier de Lévis. Cette année-là, s’ajoutait au mémorial du parlement de Québec une sculpture du chevalier réalisée par Louis-Philippe Hébert. Rappelons qu’à l’époque, il était courant pour les élites et les historiens de faire l’apologie des héros nationaux tel que Louis Hébert. Aujourd’hui, une réplique du monument d’Hébert se retrouvant dans le mémorial du parlement, trône sur la terrasse de Lévis.

Sur Louis Hébert, voir mon article dans Comment on fabrique un héros : Louis Hébert vu par Azarie Couillard-Després, (Cap-aux-Diamants, Numéro 128, Hiver 2017, p. 21–23).

© COPYRIGHT YVES HEBERT

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